Programme 2006
La guerre peut-elle être juste ? Réflexion sur la violence légitime du Moyen Âge � nos jours
Mardi 11 Avril 2006 – 18h30Ludovic Viallet, historien maître de conférences en histoire médiévale, université Blaise-Pascal
De saint-Augustin � Georges Bush, l’histoire nous renseigne sur les outils idéologiques � l’œuvre dans le monde actuel. À partir de la 1ère Croisade, lancée � Clermont en 1095, la « guerre juste » opère un renversement complet : alors que dans le christianisme primitif les martyrs étaient morts parce qu’ils avaient refusé la force, les Croisades introduisent la sacralisation de la guerre, la « guerre sainte ». Ouvert sur le 1er conflit mondial, le XXe siècle s’est bouclé au milieu des appels � la « guerre de religion » — le conflit de l’ex-Yougoslavie — ou � la « guerre sainte » — le terrorisme islamiste et au début du XXIe, la notion de « guerre juste » continue � nourrir les discours « pro- » ou « anti-Bush ».
Ludovic Viallet, historien
maître de conférences en histoire médiévale,
université Blaise-Pascal
« Le concept de « guerre juste » incite à évoquer celui de « droit » ou de « devoir d’ingérence », apparu à la fin des années 1980. Au nom d’une « morale de l’extrême urgence », ce droit d’ingérence, qualifié d’« humanitaire » exalte un « devoir d’assistance à peuple en danger » transcendant les règles traditionnelles du droit international et la souveraineté des États . On mesure ce que cette idée a de grand et de beau, mais aussi ce qu’elle a d’ambigu, voire de dangereux. Si la guerre juste légitime la guerre, le droit d’ingérence légitime que l’on impose la paix y compris par l’intervention armée. Dans les deux cas se pose le problème, essentiel, de l’autorité publique légitime et « légitimante », qui peut faire basculer dans la civilisation ou dans la barbarie. »*
De saint-Augustin (mort en 430) à Georges Bush, l’histoire nous renseigne sur les outils idéologiques à l’œuvre dans le monde actuel. Une histoire qui illustre les limites de la conception d’un progrès humain linéaire.
L’Occident chrétien a dû très tôt chercher à concilier le message évangélique de non-violence et les réalités du monde, contrairement au monde musulman dans lequel le Gihad recèle une dimension guerrière. Témoin de la fin du monde antique — signée par l’arrivée de peuples extérieurs à l’Empire romain — saint Augustin théorisa la légitimité d’une guerre offensive quand il s’agissait de défendre la Patrie, c’est à dire l’Empire, et de rétablir la justice.
À partir de la 1ère Croisade, lancée à Clermont en 1095, la « guerre juste » opère un renversement complet : alors que dans le christianisme primitif les martyrs étaient morts parce qu’ils avaient refusé la force, les Croisades introduisent la sacralisation de la guerre, la « guerre sainte ».
Ouvert sur le 1er conflit mondial, le XXe siècle s’est bouclé au milieu des appels à la « guerre de religion » — le conflit de l’ex-Yougoslavie — ou à la « guerre sainte » — le terrorisme islamiste et au début du XXIe, la notion de « guerre juste » continue à nourrir les discours « pro- » ou « anti-Bush ».
Ludovic Viallet se penchera sur les théoriciens médiévaux qui tentaient de cerner les contours de la violence « acceptable ». Une démarche qui ouvrit certes, la porte à toutes les légitimations et tous les abus. Replacée dans son époque, elle témoigne surtout de la conscience que les clercs eurent du caractère inévitable de la violence et de leur souci de la canaliser. Car définir la violence légitime, acceptable, c’est aussi dénoncer celle qui ne l’est pas. Le concept de « brutalisation », forgé par les historiens pour qualifier les conflits nés après la 1ère Guerre Mondiale, nous invitera à replacer dans la longue durée le thème de la régulation de la violence : en définitive, le XXe siècle aurait-il été plus sauvage que les siècles médiévaux ?
* Ludovic Viallet a participé à l’ouvrage « Le livre des Sagesses. L’aventure spirituelle de l’humanité » paru aux éditions Bayard en 2002