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Programme 2008

Conférence : De l’individualisme à la société-troupeau

Jeudi 15 mai 2008 - 18h30

par Jean-Pierre Lebrun, psychiatre et psychanalyste à Namur, Belgique membre de l’Association lacanienne internationale

Le monde a changé ... et nous aussi ! La culture occidentale nous propose un modèle de société qui prône l’individualisme, le détachement des institutions — comme la famille —, la réussite par l’argent, la jouissance immédiate et sans limites. Favoriser la société du « laisser faire », c’est pour l’économie néolibérale promouvoir « l’état d’enfant généralisé ». Et nous voilà lâchés dans la quête effrénée du toujours plus de sensations, dans la voie de la modernité qui nous invite au rejet de tout un cortège d’interdits imposés autrefois par la croyance en Dieu, l’autorité du roi, du chef, du professeur et celle du père...

La société tout entière semble traversée par une crise de légitimité qui s’exprime dès que nos intérêts individuels contredisent l’intérêt général. Nous revendiquons un monde égalitariste refusant les différences et nous faisons en sorte que le singulier l’emporte sur le collectif. À force de rechercher le consensus le plus large, nos démocraties n’arrivent plus à nous mobiliser sur des projets collectifs.

Que s’est-il passé en nous pour que nous récusions toute forme d’autorité susceptible de proposer un nouvel ordre sur lequel refonder la vie collective ? Pour la première fois dans l’histoire, la famille protège ses enfants de la société au lieu de les préparer à y construire leur place pour s’y intégrer. On voit des parents qui ne savent plus dire non, renoncer à leur rôle éducatif tant ils ont peur que leurs enfants cessent de les aimer s’ils leur opposent des interdictions.

Et si le dysfonctionnement de notre relation aux autres trouvait sa source dans un loupé, quand la subjectivité se construit avec l’acquisition du langage ? C’est par la charge symbolique des mots que l’enfant prend conscience de lui-même, qu’il parvient à se représenter l’autre dans la figure du père, quand il nomme pour faire exister les choses. Le travail de l’enfant qui devient adulte, c’est de s’inventer par la confrontation à l’autre, à l’autorité. À trop vouloir éviter le vide, le manque, on finit peut-être par s’empêcher de grandir, faute de limites sans lesquelles il n’y a pas de désir possible vers l’autre.

Vivre dans ce déni va-t-il faire de nous des « pervers ordinaires », des errants opportunistes et grégaires, manipulables à merci et incapables d’engager leur responsabilité ? Est-il encore possible d’apprendre à vivre ensemble avec Autrui ?

En partenariat avec L’École Psychanalytique de Clermont-Ferrand